Les petites écoles.

Les signatures sur les registres paroissiaux ou les actes notariés démontrent que l'enseignement est encore loin d'être généralisé au XVII° siècle. Depuis la révocation de l'édit Nantes en 1685, le royaume incite les paroisses à prendre en charge l'éducation des enfants, dans le but de faire disparaître le protestantisme.
C'est donc sous la tutelle des curés, tel le vicaire de Pont-Saint-Martin qui dit tenir une école "où il y a 7 ou 8 élèves, pour une population de 1100 communiants", que les éléments rudimentaires de l'instruction sont prodigués dans un local pouvant accueillir une poignée d'enfants.

Le plus souvent, c'est le presbytère qui fait office de classe. On y apprend le catéchisme, avec quelques bases de lecture et d'écriture pour ceux qui le peuvent. Mais le coût des fournitures et des vêtements, l'éloignement, les chemins impraticables en sabots et surtout le besoin de main d'oeuvre pour les travaux des champs sont autant de raisons pour ne pas envoyer les enfants s'instruire.
Dans de nombreuses paroisses apparaissent alors les "petites écoles". Par souci de charité mais aussi pour s'assurer la miséricorde de Dieu, des donateurs créent des fondations qui, par les revenus qu'elles procurent, permettent d'offrir une éducation en contrôlant l'enseignant désigné. Un acte notarié en dicte les principes, selon les volontés du bienfaiteur.
Ainsi, la fondation signée le 25 novembre 1691 par Bernard Bretet, sieur de Boiston (en Saint-Léger) et Françoise Leroy, son épouse, permet-elle l'ouverture d'une petite école pour les jeunes filles de Bouaye et Saint-Léger, dans le but de palier "la pauvreté des habitants et leur négligence pour le salut de leurs enfants, ce qui fait que les enfants, particulièrement les filles, vivent dans un état de très grande ignorance".
L'école sera gratuite pour les plus démunies :"celles qui tiendront les écoles devront enseigner charitablement à lire et à écrire, à faire des catéchismes aux filles pauvres des dites paroisses sans qu'elles puissent rien exiger, excepté de celles qui auront du bien suffisamment pour payer ..."

A cette fin, les donateurs fournissent une maison située dans le bas du bourg de Bouaye, qui servira d'école et de logement pour leur fille aînée, désignée première institutrice et "ils supplient monseigneur l'évêque de Nantes d'agréer et recevoir la dite Marie Bretet, leur fille, comme capable et expérimentée".
Un siècle plus tard, grâce à la fondation de son ancêtre légérien Monsieur du Boiton, l'institutrice Marie Couillaud est chargée d'enseigner "les prières et le catéchisme aux filles indigentes des deux communes". Elle a obtenu son brevet dans les années 1810 et enseigne durant de longues années avec "beaucoup de piété, jouissant de la considération générale".
Lorsqu'il est question en 1856 de lui verser une pension de retraite, elle refuse énergiquement de quitter la direction de sa petite école. Après délibération, " considérant qu'il résulte des informations prises, que Melle Couillaud n'est nullement décidée à prendre sa retraite, mais au contraire qu'elle se trouve aussi capable que par le passé d'exercer ses fonctions d'institutrice des enfants indigents", le conseil municipal décide de la maintenir dans ses fonctions...
Selon une enquête de 1831, exceptée cette petite école, l'instruction primaire est inexistante à Bouaye, à Saint-Léger, tout comme à Brains. Il faudra attendre encore deux ans pour qu'une classe de garçons regroupant ces trois communes soit ouverte à Bouaye.

Mireille Tramaux : " Mémoire d'osier "